Francesco Negri et kraken

Francesco Negri et Kraken : le regard d’un voyageur

Le Kraken, créature mythique surgie des profondeurs, a hanté les récits maritimes nordiques pendant des siècles. Si cette figure fascinante a traversé les âges, c’est en partie grâce aux voyageurs et explorateurs qui ont consigné ces légendes.

Parmi eux, Francesco Negri, prêtre et érudit italien du XVIIe siècle, occupe une place méconnue mais essentielle. À travers ses observations lors de son périple en Scandinavie, il a contribué à façonner les premiers témoignages européens sur les monstres marins – et notamment sur le Kraken.

Un voyageur du savoir

Né en 1623 à Ravenne, Francesco Negri était un ecclésiastique curieux, passionné par la nature et les peuples étrangers. Contrairement à d’autres voyageurs de son époque qui étaient motivés par la conquête ou le commerce, Negri entreprit un long périple vers le Nord de l’Europe par soif de connaissance. Entre 1663 et 1666, il voyagea à travers l’Allemagne, le Danemark, la Norvège et atteignit le Cap Nord, ce qui fit de lui l’un des premiers Italiens connus à s’aventurer aussi loin au nord.

Durant ses années de voyage, il tint un journal méticuleux, mêlant observations botaniques, ethnographiques, climatiques… mais aussi des anecdotes tirées du folklore local.

Les premières mentions du Kraken dans ses écrits

Ce qui rend Francesco Negri particulièrement intéressant dans l’étude du mythe du Kraken, c’est qu’il fut l’un des premiers voyageurs du Sud de l’Europe à rapporter des récits de monstres marins tels qu’ils étaient perçus dans les traditions scandinaves. Dans ses écrits, il rapporte l’existence d’une bête gigantesque, souvent décrite par les pêcheurs locaux comme un animal aux tentacules immenses, capable d’engloutir des navires entiers. Il évoque aussi les tempêtes soudaines et les mouvements étranges des flots qu’on attribuait à cette créature.

Bien qu’il n’emploie pas toujours le mot « Kraken », les descriptions qu’il transmet correspondent clairement à l’image pré-moderne de ce monstre marin légendaire. Il souligne également la crédibilité accordée par les habitants de la Norvège à ces histoires. Ce regard extérieur, empreint de scepticisme mais aussi de fascination, a joué un rôle dans la diffusion du mythe à travers l’Europe savante.

Une transmission culturelle du Nord au Sud

Les récits collectés par Negri sont précieux à plusieurs titres : ils documentent des croyances locales, mais les placent aussi dans un cadre rationnel et intellectuel. En consignant les dires des marins scandinaves sans les tourner en dérision, il a permis aux naturalistes et érudits d’Europe de découvrir les traditions orales liées aux créatures marines. En ce sens, Negri a préparé le terrain pour les futures descriptions scientifiques et pseudoscientifiques du Kraken, comme celles que l’on retrouvera plus tard chez Erik Pontoppidan, évêque et naturaliste norvégien.

Son influence n’est donc pas directe dans l’iconographie ou la classification du Kraken, mais il a contribué à faire passer cette créature du mythe local au récit européen, en la plaçant dans un carnet de voyage pris au sérieux par les intellectuels du XVIIe siècle.

Un pont entre science, foi et légende

Ce qui rend Francesco Negri d’autant plus fascinant est qu’il ne séparait pas les légendes du réel, ni la science de la foi. En tant que prêtre, il considérait la nature comme un livre écrit par Dieu, dont les mystères devaient être observés avec rigueur. Le Kraken, à ses yeux, faisait partie de cet ordre mystérieux, possiblement exagéré par la peur humaine, mais toujours enraciné dans une réalité qu’il fallait comprendre.

Cette approche, entre humanisme, observation empirique et ouverture culturelle, est ce qui distingue Negri de nombreux auteurs de son temps. En cela, il incarne une figure charnière entre le Moyen Âge et les Lumières, entre le mythe et la connaissance.

Héritage de Negri dans le mythe moderne du Kraken

Aujourd’hui encore, les écrits de Francesco Negri sont étudiés comme une source primaire sur la culture nordique du XVIIe siècle. Sa contribution au mythe du Kraken réside dans sa capacité à relier des croyances orales à une documentation écrite, qui a ensuite pu circuler dans les cercles érudits. Ainsi, sans lui, peut-être que cette créature serait restée enfermée dans le folklore scandinave, au lieu de devenir l’icône mondiale qu’elle est aujourd’hui.

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