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Erik Pontoppidan : l’homme qui donna forme au Kraken

Si le Kraken hante aujourd’hui l’imaginaire collectif à travers les livres, films ou jeux vidéo, c’est en grande partie grâce à un homme : Erik Pontoppidan, évêque, naturaliste et écrivain danois du XVIIIe siècle.

Avec rigueur et fascination, Pontoppidan a donné à ce monstre marin une place centrale dans les récits scientifiques de son époque. Il fut l’un des premiers à lui attribuer une existence presque zoologique, faisant ainsi du Kraken une créature « presque réelle ».

Un savant homme de foi

Né en 1698 à Copenhague, Erik Pontoppidan fut tout à la fois théologien luthérien, professeur, et naturaliste autodidacte. Son intérêt pour la nature ne s’opposait pas à sa foi : au contraire, il voyait dans le monde naturel une manifestation de la création divine, digne d’observation et d’étude. En 1747, il fut nommé évêque de Bergen, sur la côte ouest de la Norvège, un poste qui le mit en contact direct avec la culture maritime et les croyances populaires.

C’est là, au contact des marins norvégiens, qu’il commença à recueillir des témoignages sur les créatures marines, en particulier le Kraken.

Le Kraken dans « The Natural History of Norway »

L’œuvre majeure de Pontoppidan, The Natural History of Norway (Det første Forsøg paa Norges naturlige Historie, 1752-1753), constitue une référence incontournable pour tout passionné du Kraken. Dans ce traité en deux volumes, il rassemble témoignages, légendes et observations sur la faune et la flore norvégienne — mais aussi sur ses créatures les plus mystérieuses.

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C’est dans ces pages que le Kraken prend une forme précise. Pontoppidan le décrit comme une créature immense, tentaculaire, capable de faire couler des navires, mais aussi comme un phénomène naturel rare, qui attire poissons et marins avant de disparaître dans les profondeurs. Il précise même sa taille : plusieurs kilomètres de diamètre, si l’on en croit les pêcheurs. Il n’hésite pas à lui consacrer plusieurs pages, mêlant des récits concrets et une tentative de classification quasi scientifique.

Une démarche mi-empirique, mi-fantastique

Ce qui rend le travail de Pontoppidan si singulier, c’est qu’il ne se contente pas de rapporter des rumeurs : il les analyse, il cherche à comprendre. Il se fait le relais d’un savoir local transmis par les pêcheurs, sans le ridiculiser. Il suppose même que le Kraken pourrait être une sorte de calmar géant, bien avant que des spécimens soient observés par les zoologues modernes.

Il écrit par exemple :

« Il semble plutôt être une créature considérable du genre des poulpes ou des calmars. »

Ce mélange d’empirisme naïf et de spéculation théologique témoigne de la tension propre au siècle des Lumières : entre science et tradition, entre le besoin de classer et celui de croire.

Un vecteur de diffusion du mythe en Europe

En publiant son ouvrage en anglais (traduction anglaise en 1755), Pontoppidan a offert au Kraken une visibilité sans précédent dans les cercles savants européens. Son livre a circulé largement en Grande-Bretagne, en France et en Allemagne, influençant les naturalistes, les explorateurs et les romanciers.

Le Kraken n’était plus seulement une légende scandinave : il devenait un objet de débat scientifique, un sujet de curiosité dans les salons et les académies.

Le Kraken comme phénomène naturel

Une autre contribution importante de Pontoppidan est sa tentative d’expliquer le Kraken comme un phénomène naturel, et non uniquement comme un monstre fantastique. Il propose qu’il pourrait être responsable de remous marins, de « bancs de poissons soudainement denses », voire de changements météorologiques.

En cela, Pontoppidan introduit une idée moderne : les mythes peuvent reposer sur des réalités mal comprises. Il n’est pas un crédule, mais un interprète. Il donne un cadre rationnel à l’imaginaire.

Héritage d’Erik Pontoppidan

Aujourd’hui, Erik Pontoppidan est considéré comme la figure la plus influente dans la construction moderne du mythe du Kraken. Son œuvre n’a pas seulement alimenté les peurs ou les fantasmes : elle a permis d’inscrire cette créature dans un récit scientifique et historique.

En ce sens, il est le passeur entre les traditions orales des marins et les archives durables de la science occidentale. Son travail marque un tournant : le Kraken cesse d’être un murmure des vagues pour devenir un objet d’étude, une figure quasi réelle, et surtout, une icône culturelle qui perdure encore aujourd’hui.

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