Un érudit de la Renaissance scandinave
Olaus Magnus (1490–1557) est une figure marquante de la Renaissance suédoise. Prêtre catholique, historien et géographe, il est surtout connu pour ses travaux ethnographiques et cartographiques sur la Scandinavie. Son œuvre la plus célèbre, la Carta Marina, publiée en 1539, est l’une des premières cartes détaillées des pays nordiques, mais surtout un document fondamental dans l’histoire de la mythologie maritime.
La Carta Marina, théâtre de merveilles marines
La Carta Marina d’Olaus Magnus est bien plus qu’une simple carte géographique. Elle est une galerie de créatures marines fantastiques, représentées dans les eaux glacées de l’Atlantique Nord. On y voit des serpents de mer, des baleines monstrueuses, et des bêtes tentaculaires qui rappellent fortement ce que la tradition populaire appellera plus tard le Kraken.
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Même si le mot « Kraken » n’est pas encore utilisé à cette époque, les dessins d’Olaus Magnus contribuent à fixer l’imaginaire collectif autour des monstres marins géants. L’un d’eux, par sa taille et sa forme, pourrait même être vu comme un ancêtre visuel du Kraken — une créature tentaculaire qui menace les navires, incarnant la peur de l’inconnu et de l’abysse.
Un mélange d’observation et de légende
Le travail d’Olaus Magnus est à la croisée de deux mondes : la description ethnographique sérieuse et la transmission des croyances populaires. Il compile les récits de pêcheurs, de navigateurs et de peuples nordiques, et les intègre dans ses cartes et ses ouvrages comme Historia de gentibus septentrionalibus (1555), une encyclopédie des coutumes nordiques.
Ces témoignages sont pris au sérieux par Magnus, qui les retranscrit avec précision et souvent sans ironie. Il ne distingue pas toujours clairement ce qui relève du réel et de l’imaginaire, car pour lui, ces histoires font partie intégrante du monde connu. Il considère que les peuples du Nord ont une connaissance empirique de la mer, et leurs récits, même fabuleux, méritent d’être transmis.
Une source d’inspiration durable
Olaus Magnus joue un rôle central dans la diffusion des monstres marins dans la cartographie européenne. Ses images sont reprises, modifiées, copiées et colorées par d’autres cartographes et artistes pendant des siècles. Sa vision des océans comme des lieux peuplés de créatures titanesques alimente durablement l’imaginaire collectif, jusqu’à influencer les représentations du Kraken dans les siècles suivants.
Même si ses œuvres relèvent aujourd’hui de l’histoire de la cartographie et de l’ethnographie, elles constituent une source majeure pour comprendre comment les Européens voyaient l’océan au XVIe siècle : comme un espace mystérieux, riche en menaces, en merveilles… et en monstres.
Un bâtisseur d’imaginaire
À travers ses œuvres, Olaus Magnus ne cherchait pas tant à classifier qu’à transmettre un monde perçu comme foisonnant, sauvage, plein de forces invisibles. En cela, il se distingue de scientifiques comme Carl Linnaeus, mais s’inscrit pleinement dans la tradition de Pontoppidan ou de Montfort, qui, chacun à leur époque, ont donné un visage au Kraken.
En définitive, Olaus Magnus fut l’un des premiers grands bâtisseurs visuels du mythe du Kraken, bien avant que le mot n’apparaisse, et bien avant que la science ne vienne repousser les tentacules de la légende hors du champ du réel.


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